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Souffles de vie

Quoi de plus évocateur pour préciser le parcours d’un artiste que les réflexions et jalons qu’il pose lui-même ?

Entretien avec Monique Orsini


La peinture devient comme la musique une émotion abstraite”, disait Kandinsky. “Dans l’univers, le mouvement est la donnée essentielle, la base de tout avenir”, citait Paul Klee.


Monique Orsini a fait siennes ces citations en les inscrivant dans sa peinture, la grande aventure de l’abstrait.

Musée des arts asiatiques  de Nice : Votre nom nous permet d’imaginer une origine corse, est-ce le cas ?
M.O. : En effet, je suis née à Quercitello en 1937 dans un petit village Corse de la Castagniccia.

MAA : Votre milieu a-t-il eu une influence sur le choix de votre carrière ?
MO : Issue d’une famille d’enseignants, mon père sacrifiait ses loisirs à la peinture. Il se plaisait à reproduire les œuvres d’artistes célèbres, entre autres celles de Picasso et insistait sur l’importance des formes anthropomorphiques. Ses remarques ont favorisé entre nous une harmonieuse complicité. Mais je n’ai pas que des origines Corses, ma grand-mère était Annamite. Ma famille fait partie de ces Corses téméraires partis à l’aventure en Indochine et qui rentraient parfois accompagnés par une jeune femme née dans ces pays.

MAA : Vous vous définissez comme une autodidacte, quel a été votre parcours ?
MO : Beaucoup me prête une excellente technique, or autodidacte éclairée, j'en suis étonnée – j’ai tout appris en observant et en enseignant. Normalienne, j’ai participé à de nombreux stages d’arts plastiques – et les contacts permanents avec l’art, les galeries et les musées me sont rapidement devenus indispensables. Puis j’ai enseigné les disciplines artistiques, j’ai longtemps animé des ateliers d’enfants, d’adultes. Adossée à ma position d’autodidacte, j'ai même contribué à l’élaboration d’une méthode très innovante « Peindre autrement » où l’on mettait les enfants en situation d’inventeurs, d’expérimentateurs (Prix Monnier en 1970).

MAA : Pourquoi avez-vous choisi l’abstraction ?
MO : Quarteronne, Corse (cette montagne dans l’eau), ces origines  ont sûrement marqué mes choix de mon orientation picturale. La nature, cet énorme laboratoire de formes et de couleurs m’a permis de jouer avec les transparences, les opacités et les contrastes lumineux. A l’instar des asiatiques, je travaille très rapidement avec de larges brosses. Chez moi, l’action précède la réflexion, je commence à agir et graduellement je deviens la spectatrice de mon propre travail… C’est au cours de l’acte pictural que je découvre d’autres solutions. Depuis quelques années, il y a dans mon travail une perspective, une troisième dimension.

MAA : La lumière, la couleur sont importantes pour vous. Pourtant à certaines périodes vous avez beaucoup travaillé le noir. Pourquoi travaillez-vous par séries ?
MO : Pour moi le noir est la plus belle des couleurs. Après chaque série colorée je reviens au noir comme pour me recentrer, aller à l’essentiel. Je travaille par séries, c’est à dire par périodes. Parfois, je peine à me délester d’une structure, d’une forme ou d’une couleur récurrentes et tant que je n’ai pas réussi à en résorber le flux sinon à les épuiser, j’en suis prisonnière.

MAA : À quel moment estimez-vous une toile terminée ?
MO : Je ne saurais véritablement pas apporter une réponse radicale à cette question si ce n’est que quelque chose m’arrête à un moment donné – à cet égard, le rôle de l’accident est capital – consciemment ou non je m’appuie sur les aléas, les maladresses, les enchaînements fortuits qui soudainement dévoilent d’autres possibles – je suis comme dans un état second. Parfois l’œuvre achevée, je me demande si c’est moi qui en suis l’auteur. Je suis la première spectatrice de mon travail et en suis la redoutable critique, voire le censeur.

MAA : Lors de rencontres faites dans le milieu artistique, certains artistes sont devenus des amis ? Ont-ils influencé votre façon de peindre ?
MO : Les circonstances de la vie m’ont amené à côtoyer nombre de marchands et d’artistes, tels Karel Appel, Olivier Debré, Bram Van Velde, Hans Hartung, Jean-Michel Folon, Lad Kijno, Pierre et Colette Soulages, Pierre Gastaud, Frantisek Janula, qui tous, selon leurs caractères, discrets, paternels ou expansifs m’ont prodigué leurs conseils amicaux et bienveillants – Marie-Louise et Bengt Lindström m’ont également soutenue et poussée à montrer mon travail (je dois à Lindström de nombreuses expositions en Suède). Thérèse et Chu Teh Chun, Wang Yan Cheng m’ont fait découvrir ce milieu asiatique qui m’était cher et ont été de fervents admirateurs et collectionneurs.

MAA : En regardant l’ensemble de votre carrière, quelles sont les réflexions qu’elle vous inspire ?
MO : Ma carrière est un bien grand mot, disons plus tôt un chemin de vie tourné vers l’art, la création. Je peins comme je respire, pour moi d’abord. C’est vraiment une nécessité intérieure. Ma peinture est le reflet de ma vie. Je pourrais faire éternellement un tableau parfait, c’est à dire bien construit, j’en ai découvert les règles qui me permettent de pouvoir le faire, mais je ne veux pas, je veux prendre des chemins de traverse. Je veux me surprendre, découvrir de nouvelles voies, je veux encore pouvoir explorer, expérimenter, vivre et être libre. Il nous faut accepter que l’art soit provisoire et échappe à tout calcul. Nous faisons partie d’une civilisation, l’artiste est une éponge qui absorbe tout. Nous sommes des passeurs d’émotions. Quand un tableau dit l’élan de vie, il constitue un trésor, il affûte la pensée à l’extrême. J’ai d’abord, comme le calligraphe, tracé des formes dans la peinture, puis à la suite d’un léger handicap physique, j’ai laissé la peinture s’écouler – vivre sa vie – ne pas prévoir, ne pas planifier, laisser la peinture travailler toute seule puis intervenir au moment où l’action s’impose d’elle-même... Donner à l’éphémère un instant d’éternité. Dernièrement, une visite à Giverny m’a lancée sur une autre voie, la couleur posée sur la toile comme une multitude de taches colorées. Je suis à la recherche de la jubilation que d’autres techniques m’apportent. J’essaie de reproduire les impressions que je reçois de la nature en les associant à mes sentiments les plus profonds. Face à mon travail, j’aimerais que celui qui le regarde ne soit pas prisonnier de l’image mais se laisse envahir par les émotions qu’elle suscite et l’entraîne vers son propre monde intérieur. On l’aura compris, ma peinture n’est pas descriptive. Elle est avant tout chaleureuse, optimiste, comme un hymne à la vie ; en fin de compte, je peins continuellement le même tableau, peut-être l’âme de ma Corse natale avec mes origines asiatiques.

Expositions


Monique Orsini a exposé dans plusieurs foires et salons :
Foires de Sundswall Vasteras et Goteborg en Suède, Beyrouth, Istanbul, Strasbourg, Metz, Shanghaï
À l’Institut Français de Stockholm et de Malmö | Suède
Musée de Villefranche-sur-Mer | France
Centre Culturel de Porto Vecchio | Corse
Ces dernières années des expositions personnelles ont eu lieu :
Au Shangrila Puddong de Shangai | Chine
Lux Art à la foire de Taipei Taïwan
Galerie Birch Monaco et Copenhague | Danemark
Interartmania à Lausanne | Suisse
Création avec les maîtres verriers de Murano | Italie
Galerie Art Inception et Fatiha Selam à Paris | France
Monique Orsini a plusieurs projets artistiques en Chine et au Japon avec Lux Art.


Mémento
•    17 œuvres de grand format, acryliques sur toile
•    présentées à la Rotonde du musée départemental des Arts asiatiques
•    issues du travail par séries de Monique Orsini  : série Noir d’ivoire ; série Le monde flottant ; série Résonnances…
•    Expositions à venir : Hiroshima, Japon ; Taipei
 


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