2011

devotionlw_cms.jpgDévotions, par Lola BELHADJ

du 5 octobre 2011 au 6 février 2012

 

C’est au cours de mes nombreux voyages, de Lhassa à Shigatsé, en passant par Samyé, Sakya, Tagla Gonpo,Ngori ... jusqu’au Kham, région située à l’Est du Tibet (dont je maîtrise la langue), que j’ai commencé à m’initier à la photographie, prolongeant ainsi mon intérêt pour l’art.

Aujourd’hui, la photographie me permet de partager mon regard sur ces contrées traversées et sur le peuple tibétain, mais c’est aussi un témoignage visuel de mon rapport au monde.

Je suis sensible à l’aspect fugitif de chaque instant, aux conditions parfois difficiles de la vie humaine et à la bienveillance fondamentale de l’être humain.

J’aimerais contribuer, grâce à ces photos, à nous ouvrir à d’autres réalités de vie, qui, pour ceux que je photographie, se prolongent bien au delà de ces instants empruntés, figés par le simple clic de mon objectif.

Ne pas anticiper, être là, sentir … La lumière et la transparence de l’air font de cette Terre tibétaine une expérience plus proche de la réalité que du rêve.

 

Debout sur un pont
La solitude meurt
A deux pas des nuages

Trottoirs vieux usés
Aller à pas inspirés
Vers d'autres états

Toit du monde
Arqué contre le vent,
L'inspiration s'engouffre

Vent de dévotion
La pleine lune s'élève
Sur le coeur du pèlerin

Kunzang
LOLA BELHADJ

maikolw_cms.jpgMaiko, par Iris L. SULLIVAN
du 25 mai au 3 octobre 2011

 

 

Clair obscur à Kyoto
 
"Depuis mon enfance je tisse des liens avec le Japon.
 
Pendant de nombreuses années, ma mère fut chargée des relations avec la presse pour la représentation des films japonais au Festival international du film à Cannes J’assistais alors à toutes les projections. Immergée dans cet univers magique, Ozu, Mizoguchi, Kobayashi, Kon Ichikawa furent pour la petite fille que j’étais d’extravagants baby-sitters. J’étais fascinée par ces films énigmatiques, ces histoires sombres, ces héroïnes sublimes et désespérées aux visages couleur de lune, vêtues de somptueux kimonos de soie.
 
J’ai longtemps rêvé à ces images nées de l’ombre avant de les rencontrer, et de pouvoir les capturer.
Lors d’un de mes premiers séjours à Kyoto, c’était un soir dans le quartier de Gion, ou était-ce à Ponto-Cho, des rires, des bruissements soyeux, le tintement de grelots, le claquement de socques de bois sur les pavés m’alertèrent.Je vis apparaître dans la lueur des phares d’un taxi qui s’éloignait les silhouettes mouvantes d’un groupe de Maïko.
Il y avait là une coïncidence inouïe avec le souvenir que j’avais de ces films qui m’avaient enchantée. En quelques secondes j’avais basculé dans la fiction.
 
Je les ai suivies, je les ai photographiées le cœur battant, comme une voleuse. Des nuits entières j’ai déambulé dans les rues à leur recherche, à la rencontre de ces souvenirs improbables.
Le miracle de la photographie est de pouvoir reconnaître l’image qui coïncide avec ce qui vous habite depuis toujours, c’est l’instant fugitif où la magie affleure au croisement du réel et de l’imaginaire.
En ce début du XXIe siècle, le Japon m’offrait, totalement préservés, les codes et les images de ce monde poétique qui hantaient mon imagination.
J’aime la nuit qui déréalise, j’aime l’ombre dont Tanizaki fait si merveilleusement l’éloge :
" Nos ancêtres tenaient la femme à l’instar des objets de laque à la poudre d’or ou de nacre, pour un être inséparable de l’obscurité (…). Ils s’efforçaient de la plonger toute entière dans l’ombre; de là ces longues manches, ces longues traînes qui voilaient d’ombre les mains et les pieds, de telle sorte que la seule partie apparente, à savoir la tête et le cou prenaient un relief saisissant* ".
Le monde des Geiko (terme utilisé à Kyoto pour désigner une Geisha) est un monde magique mystérieux, subtil et secret, dont les codes se dérobent avec bonheur à toute tentative de mise à plat.
Les Maïko, ces très jeunes filles que l’art du maquillage et le port du kimono transformeront en une femme fictive, sont destinées à devenir Geiko. Chez certaines, les traits de l’enfance transparaissent encore quelque temps sous le maquillage avant de se perdre. Le fard blanc qui recouvre leur peau est là pour effacer de leurs traits toute singularité, et pour les réduire à une page blanche.
 Le maquillage écrit le visage, le calligraphie, le métamorphose en signe, en archétype de la féminité. Maquillées, parées, Maiko et Geiko deviennent le signe de la Femme. Après un long apprentissage, elles seront capables d’élever la séduction au rang d’une esthétique et pratiqueront tous les arts avec un incomparable talent."
 
 * Extrait de- L’Éloge de l’ombre – de Junichiro Tanizaki
 
Iris L. Sullivan

 

 


 

karens_padaungs_lw_cms.jpgKarens Padaungs de Birmanie, portraits
du 2 février au 23 mai 2011


L’origine du peuple karen est incertaine. Leurs légendes situent leurs racines dans le désert de Gobi. Leurs langues principales, le Sgaw et le Pwo, sont classées parmi les langues tibéto-birmanes. Avec l’évangélisation, commencée dès le XIXe siècle, ils se convertissent au christianisme tout en conservant des traditions animistes.
Le terme de «padaung» sert à désigner deux groupes minoritaires parmi les Karens : Les Kayans ou «longnecks» (long cou) et les Kayaws ou «big ears» (grandes oreilles).

L’établissement des Karens en Birmanie, issu d’une lente migration vers le Sud depuis la Chine, est attesté depuis de nombreux siècles. Ils y forment un État Karen et un État Kayah. D’autres Karens, continuant leur migration vers le Sud, s’installent en Thaïlande vers le XVIIIe siècle où ils s’intégrent facilement aux populations locales.

En Birmanie, la prise du pouvoir en 1962 par les militaires et les répressions menées à l’encontre des minorités ethniques ont poussé un grand nombre d’entre eux, dont des Karens composés majoritairement de femmes et d’enfants, à fuir le pays pour trouver refuge en Thaïlande. Ne bénéficiant pas du statut de réfugiés, ils s’entassent par dizaines de milliers dans des situations sanitaires précaires, dans des camps, dont l’accès est interdit au public.

Parce qu’ils représentent pour la Thaïlande un intérêt touristique, des Karens Kayan et Kayaw sont autorisés à vivre dans des villages où ils sont exhibés. Souvent dénués de droits, ils vivent difficilement de la vente de quelques objets d’artisanat à des touristes, ignorant le plus souvent leur culture et les conditions de vie dans lesquelles ils vivent.

Malgré ces conditions de vie misérables, ces Kayans et ces Kayaws revendiquent leur héritage culturel et se veulent les gardiens d’une culture millénaire. Ils restent les derniers témoins des traditions, des mythes, des techniques et de croyances qui appartiennent au patrimoine historique de l’humanité, et que la globalisation, ailleurs, efface inexorablement. Dans le plus grand dénuement et la pire infortune, ils gardent une beauté, une dignité qui inspire le respect et l’admiration. 

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