Sâdhus, les hommes saints de l'hindouisme

REMUALDO_pour_internet.jpgC'est dans son espace de la Rotonde, empreint de spiritialité que le Musée des Arts asiatiques a choisi de présenter cette exposition par Olivier REMUALDO

 

du 17 octobre 2014 au 5 janvier 2015

 

 

 

 

Une singularité indienne


En sanskrit, le terme Sâdhus signifie littéralement homme de bien ou saint homme. Ils mènent une existence de renoncement souvent faite d’errances. Leur quête de sagesse est motivée par le désir d’atteindre l’état d’éveil. Chez les hindouistes, le but ultime de toute vie est de mettre un terme au cycle des réincarnations, d’atteindre « moksha » qui est la libération de « mâyâ », l'illusion. On compte plus de 5 millions de Sâdhus et de Sâdhvis (femmes) en Inde et au Népal.  
Certains d’entre eux sont des brâhmanes ayant accompli leurs obligations, qui choisissent de finir leur vie en ascète ou en ermite. D’autres le deviennent afin de s’extraire d’une caste, ou pour d’autres raisons matérielles ou spirituelles. Les chemins empruntés sont nombreux et comme eux-mêmes l’affirment, les sâdhus n’ont pas de passé.
Dans leur recherche d'absolu, les sâdhus s’adonnent à des récitations de mantras (prières), pratiquent le contrôle du souffle, le yoga et la méditation. L’abstinence sexuelle est généralement de mise et permet de préserver une force considérée comme source majeure d’énergie spirituelle. Ils pratiquent également des rituels et des tapas. Ces dernières sont des austérités tel que des vœux de silence ou de ne pas manger d’épices. Elles peuvent aller très loin: station debout permanente durant des années ou encore, garder un bras en l’air sans jamais le baisser... La pratique des tapas est censée augmenter l’énergie spirituelle.
Il existe deux principales familles de Sâdhus. Les Shivaïtes portent une robe safran, ils sont dévoués à Shiva. Parmi eux, les Nagas babas sont les plus nombreux. Ils vivent généralement nus et couverts de cendres, ils portent également de longues jatas (dreadlocks). Les Vaishnavas sont des dévots de Vishnu et de ses avatars (Rama, Krishna,…). Plus sobres en apparence que les Shaïvas, ils sont vêtus d’un tissu jaune ou blanc. On les distingue également à la forme de leur Tilak peint sur le front.

Aujourd’hui encore, les Sâdhus sont fortement impliqués dans la vie quotidienne. Notamment dans les villages et à la campagne, prodiguant des conseils et intervenant comme médiateurs dans les conflits. Ils vivent dans des ashrams et des ermitages ou sont des moines errants parcourant le sous-continent. Ils vivent d’aumône et possèdent peu de choses, généralement ce qu’ils peuvent emporter avec eux.

 

 

 

Biographie Olivier REMUALDO

 

 

Photographe autodidacte de 36 ans originaire de Nice, Olivier Remualdo est passionné par la culture indienne. Après des études de commerce à Cannes et d’Arts Plastiques à l’université Paris VIII, il commence à voyager en Europe, en Amérique et en Asie. C’est en 2004 qu’il se rend en Inde pour la première fois, une véritable révélation pour le photographe qui depuis, n’a de cesse d’y retourner.

Cet amoureux du noir et blanc a toujours placé l’humain au cœur de ses préoccupations. Il a présenté ses travaux à l’Espace Pierre Cardin à Paris, au MAMAC et au Musée des arts Asiatiques de Nice, ainsi que dans de nombreuses expositions. Olivier Remualdo aime aller à la rencontre du public afin d’échanger avec lui et de partager son expérience du voyage et sa passion pour l’Inde.

Son grand projet - SÂdhus, Les Hommes Saints de l'Hindouisme a débuté en avril 2009 à Varanasi. Deux autres voyages suivirent : à Haridwar en 2010, lors du plus grand rassemblement religieux au monde (Maha Kumbh Mellah) et en février 2011 dans la ville sainte d’Omkareshwar. Il a réalisé plus de 110 portraits & interviews de Sâdhus et Sâdhvis afin de constituer ce projet iconographique.

Cette série a déjà été primée à deux reprises, en France et aux Etats-Unis. La première maquette du livre a été élue « Grand Prize Winner » au « Best Blurb Book Contest » dans la catégorie voyage parmi près de 1800 participants (2009). Olivier Remualdo a été également récompensé par le prix Lucien Clergue 2011 dans le cadre du Sept Off à Nice.

Le projet Sâdhus a été finaliste du Concours Samsung Launching People en 2013 et élu « coup de cœur » du magazine Les Inrocks en aout dernier.
 

 

Sâdhus, les hommes saints de l’hindouisme – Le mot de l’auteur


A l’heure actuelle, alors que le modèle occidental est remis en cause, la question de la spiritualité a plus que jamais sa place dans notre société. Parmi les voies explorées, la pensée indienne intrigue particulièrement. Les textes philosophiques hindous tels que la Baghavad Gita, les penseurs contemporains que sont Krishnamurti ou Swami Prajnanpad, figurent en évidence sur les étals des librairies. Il y a aussi ceux qui partent découvrir le sous-continent et qui en reviennent le regard souvent changé…

Voilà des années que je m’intéresse à la dimension spirituelle et mythologique de l’Inde au travers de projets photographiques, privilégiant toujours la rencontre au dispositif technique. Cette série est née du désir de montrer ces individus qui ont fait le choix d’une voie différente, que l’on pourrait croire inverse à la marche du monde. Je les ai côtoyés sans les idéaliser et dans le respect de leur quête de sagesse, sagesse dont j’essaie de saisir l’essence. Bien que peu d’ouvrages leur soient consacrés, les sâdhus sont très photographiés et sont devenus des icônes de l’Inde contemporaine et touristique. Partant du constat de leur représentation systématique dans le contexte du quotidien ou du rituel, ce travail est orienté vers une logique de studio, afin de faire passer l’environnement immédiat du sujet dans le hors champ. Dépouiller ces portraits de leur aspect « pittoresque » met en relief la singularité de l’individu et recentre le spectateur sur leurs regards. Ce dernier est alors en face à face avec le sujet, et s’il y est disposé, avec lui-même…

En son temps, André Malraux prédisait le retour du sentiment religieux. Il affirmait que « la tâche du XXIe siècle sera de réintroduire les dieux dans l’homme ». N’est-il pas raisonnable d’interpréter ce sursaut de religiosité comme un acte conscient, l’individu cherchant le divin en lui-même plutôt qu’en se conformant aux dogmes religieux hérités des traditions ? Pour cela, les chemins semblent innombrables et l’inspiration, globale, à l’image du monde dans lequel nous vivons.